Blog contenant des histoires inventées et des poèmes
Une prairie s’étend à perte de vue sous un ciel d’un bleu magique parsemé de nuages blancs duveteux. Je peux voir la vallée en contrebas et en déduis que je suis dans un alpage de haute montagne. Un vent frais agite les herbes hautes et de nombreux papillons butinent des centaines de fleurs colorées. Je fais apparaitre mes ailes et commence à battre lentement des ailes ; cela fait si longtemps que je n’ai pas volé ! Toujours avoir à se cacher est contraignant.
Je m’élève en faisant de longs cercles. Je sens le vent faire tournoyer mes cheveux autour de moi et l’air glacé refroidit mes membres. Je créé une bulle d’air chaud autour de moi comme Gabriel me l’a appris et continue de m’élever plus haut. Toujours plus haut. J’apprécie les sensations créées par le vol : la sensibilité de mes plumes, l’effort que fait chaque muscle de mon corps et surtout la sensation de liberté. La sensation que l’on pourrait tout faire, aller jusqu’au bout du monde. J’éclate de rire, une rire frais et clair que le vent emporte jusqu’en contre-bas, un rire de pur bonheur. J’ai enfin le sentiment d’être totalement moi-même, le corps et le cœur en harmonie. Pourtant un sentiment de mélancolie m’étreint, comme si j’étais déjà venue ici il y a longtemps…
J’aperçois soudainement deux petites filles au milieu de la prairie. Toutes seules. Je m’approche doucement…
-Pfff où est-ce que papa est encore parti, j’ai faim, soupire la plus petite des deux.
-Tu as toujours faim, morfale ! rigole la deuxième.
J’essaye de les voir mais je suis trop haut, je me pose à leurs côté sans bruit mais de toute façon elles ne me voient pas, comme si je n’existais pas.
Les deux fillettes sont blondes aux yeux bleus, on pourrait presque penser qu’elles sont jumelles si ce n’est que l’une parait un tout petit peu plus âgé. Et je me revois ici-même, en train de discuter avec ma sœur, ce jour fatidique. Ces deux petites filles, ce sont moi et ma sœur.
-Noooooooon ! je hurle. Je ne veux pas revivre ça, surtout pas ! Mais trop tard. Devant moi les deux petites filles commencent à se disputer sans que je ne puisse rien faire : ni détourner le regard, ni les sauver.
-Arrête tu m’énerves ! Tu n’as toujours été qu’une gêne pour moi ! Je suis tout le temps comparée à toi, je n’en peux plus !
C’est la moi de six ans qui dit ça, je me souviens de toute la verve que j’avais mise dans ces mots… Si seulement j’avais pu effacer ce que j’avais dit…
-Si seulement tu n’étais jamais née, j’aurais été plus heureuse ! Onee-chan je te déteste !
Ma sœur recule et s’enfuit en courant. Pour la deuxième fois de ma vie, je la vois trébucher et tomber dans un pierrier qu’elles ne pouvaient voir depuis là où elles étaient assises un instant plus tôt.
Affolée, la jeune moi court vers elle … mais je sais bien qu’il n’y a plus que la mort qui l’attend là-bas. Ma sœur s’est fracassée la tête sur un rocher.
-Claaaiiire !
Je m’effondre en larme.
-Pourquoi m’avoir imposé ça !
Les larmes roulent sur mes joues, tombent par terre. Ma vue se brouille, les larmes me cachent le paysage qui devient de plus en plus flou… Il finit par totalement disparaitre et je me retrouve seule dans une pièce blanche.
Je renifle et essuie mes larmes.
Au moment où elle parle je découvre le feu follet doré qui flotte devant moi.
-Déclinez votre nom.
Un ordre qui n’admet aucune réplique.
-Viviane Layne.
Tiens je n’avais pas remarqué mais Catiel et moi avons le même nom … Le feu follet interrompt mes pensées subitement :
-Viviane vous avez été confrontée à une illusion qui mettait en scène votre plus cher vœu du moment, le souvenir qui a provoqué l’apparition de vos pouvoirs et la souffrance de n’avoir pu sauver un être cher.
Il fait une pause puis reprend.
-J’aimerais que vous m’expliquiez ce que vous avez vu et ressenti.
-Je suis vraiment obligée ? J’ai pas vraiment envie de m’ouvrir à un feu follet qui s’empressera de tout raconter aux gens qui m’attendent en dehors.
-Tout ce qui sera dit ici ne sortira pas de ces murs. Je suis là pour déterminer vos aptitudes de Magic et non discuter de votre vie privée. Vous avez tout le temps que vous voulez pour réfléchir.
Alors c’est ce que je m’évertue à faire depuis plus d’une heure maintenant je dirais. Cela fait si longtemps que tout ça s’est passé … et je n’avais pas vraiment envie de me repencher là-dessus à vrai dire.
Enfin je prends la parole.
-Concernant mon plus cher vœu du moment, c’était de voler en toute liberté. Depuis que je suis dans ce monde, je n’ai eu que très peu d’occasions de voler. La première et la dernière fois ce fut pour m’enfuit et entre temps seulement pour m’entrainer. Je voulais expérimenter ce que c’était d’être enfin libre de voler où je veux.
-Pourquoi ne l’avez-vous pas fait avant ?
-Tous les gens que j’ai rencontrés m’ont dit qu’il était dangereux pour moi de m’en servir. J’ai donc essayé de ne pas m’en servir pour ma propre sécurité.
Je m’accorde une petite pause avant de reprendre. Il est difficile d’exprimer tout ce que je ressens.
-Concernant le souvenir qui a provoqué l’apparition de mes pouvoirs je ne suis pas sûre …
J’hésite, je ne veux pas sauter les deux pieds dans le plat comme ça … Mais le feu follet attend. Sans rien dire. Alors je reprends.
-J’ai revu le jour où j’ai provoqué la mort de ma sœur en lui disant tout mon ressentiment. Lorsque j’ai pris conscience de mon acte et de mes mots il était déjà trop tard. Je m’en suis toujours voulu et je crois que depuis je suis de plus en plus consciente de la détresse des gens. Je ne voulais pas que d’autres fasse une erreur plus ou moins semblable à la mienne et ruine leur vie. Cette capacité a dû se développer en arrivant dans ce monde.
-Explicitez.
-Depuis que je suis ici, en croisant le regard des gens je peux voir leur détresse, les souvenirs qui les ont traumatisés, en fait ce qui les empêche d’être heureux. Que ce soit des évènements récents ou très anciens.
-Donc si j’ai bien compris l’être cher que vous n’avez pu sauver est votre sœur ?
-Oui.
-Vous allez passer un second test pour savoir à quel élément vous êtes affiliée.
Je me sens blanchir, il est tout simplement hors de question qu’on me refasse vivre un souvenir traumatisant ou un autre test du même genre.
-C’est l’air.
Je sens dans son silence que le feu follet est interloqué.
-Je peux ressentir l’air et le manipuler comme je le souhaite.
-Vous connaissez drôlement bien vos pouvoirs pour quelqu’un de si jeune …
-J’ai rencontré la personne qu’il fallait.
Je sens qu’il veut que j’aille plus loin mais je n’en ai ni le droit, ni l’envie. Je l’ai promis à Gabriel.
Une carte apparait soudainement devant moi.
-Voici votre carte d’étudiante, prenez-la.
Ma photo, mon âge et ma classe. Plus un logo, celui de l’académie je suppose.
-Classe delta A1 ? A quoi correspond tout ça ?
-Delta correspond à votre niveau de puissance et de rareté, c’est le plus haut niveau existant à l’académie. Le A fait référence à votre élément, l’air dans le cas présent. Et le 1 le binôme auquel vous serez associée.
Catiel. Je suis presque sûre qu’il a dit classe delta A1. Aïe, je sens que je vais passer des jours difficiles vu la haine qu’il me porte.
-Bien maintenant que tout ça est fait, il vous faut un uniforme. Passez dans la pièce suivante.
Je sors de la pièce du feu follet sans un regard en arrière. J’espère que jamais je n’y retournerais. On m’a rappelé ici des choses que j’aurais préféré oublier.
Les choses ensuite se sont déroulées étonnamment vite, comme dans un tourbillon. Une fois que j’ai eu mon uniforme, ils m’ont directement emmenée dans ma salle de classe. Madame Gritel m’a énumérée toute les règles qui régissent l’académie. Je ne m’en souviens plus d’une seule, comme si un brouillard m’avait enveloppé jusque-là.
Jusqu’à ce que je me retrouve devant une vingtaine de paires d’yeux.
-Voici une nouvelle élève, accueillez-la chaleureusement.
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cette histoire a été entièrement inventée, merci de respecter l'auteure et de ne pas vous servir de ce texte à des fins personnelles